Joindre un conseil d’administration pour la première fois — ou même un nouveau conseil après plusieurs années d’expérience — est toujours un moment charnière. C’est excitant, stimulant… et parfois un peu intimidant. Après avoir siégé sur différents types de conseils, qu’il s’agisse d’OBNL, de fondations, d’entreprises privées ou publiques, j’ai appris une chose essentielle : les premières rencontres donnent le ton pour l’ensemble de votre mandat. Voici quelques conseils que j’aurais aimé recevoir bien plus tôt dans ma carrière et que je partage avec vous.
Écouter avant de parler — vraiment
C’est le conseil le plus simple, et pourtant le plus souvent négligé. Lorsqu’on arrive sur un conseil avec un bagage d’expertise et une envie sincère de contribuer, la tentation est grande de s’affirmer rapidement. Résistez-y.
Chaque conseil d’administration a sa propre culture, ses dynamiques non écrites, ses sujets sensibles. Prenez le temps d’observer : qui parle à qui, qui influence réellement les décisions, quels sont les enjeux historiques qui colorent certains débats. Vous serez un·e bien meilleur·e administrateur·trice si vous avez pris le temps de comprendre l’organisation et d’apprendre à connaître les membres du conseil d’administration.
Faire vos devoirs avec rigueur
Avant même votre première réunion, plongez dans la documentation : rapports annuels, procès-verbaux des dernières réunions, états financiers, plan stratégique, politiques de gouvernance. Certain·e·s nouveaux·elles administrateur·trice·s sous-estiment cette étape. C’est une erreur.
Comprendre d’où vient l’organisation, les décisions qui ont été prises et pourquoi, vous permettra de poser des questions pertinentes plutôt que de revenir sur des débats déjà tranchés. Cela démontre aussi un respect fondamental envers le travail accompli avant votre arrivée.
Rencontrer vos collègues en dehors de la salle de réunion
La relation entre administrateur·trices·s ne se construit pas uniquement autour de la table. Demandez des rencontres informelles — un café, un appel de trente minutes — avec chacun·e de vos collègues. Ces échanges vous aideront à comprendre leur vision, leurs priorités et ce qu’ils attendent du conseil.
Prenez également le temps de rencontrer la direction générale. Comprendre la réalité opérationnelle de l’organisation, les défis du quotidien et les aspirations de l’équipe de direction est essentiel pour exercer votre rôle de surveillance avec justesse, rigueur et bienveillance.
Clarifier votre rôle
L’une des erreurs les plus fréquentes chez les nouveaux·elles administrateur·trice·s est de confondre le rôle du conseil avec celui de la direction. Le conseil gouverne, oriente et surveille. Il ne gère pas.
Si vous venez d’un milieu opérationnel — et c’est souvent le cas —, cette distinction peut demander un véritable effort d’adaptation. Gardez toujours en tête cette question : « Est-ce que je prends une décision de gouvernance ou est-ce que je m’immisce dans la gestion ? » Cette vigilance vous évitera bien des faux pas.
Poser des questions, sans crainte
La valeur ajoutée d’un·e administrateur·trice réside souvent dans la capacité à poser des questions structurantes, celles qui enrichissent la réflexion collective sans imposer une solution prématurée. En tant que nouvel·le administrateur·trice, vous avez une permission naturelle de demander des explications, de remettre en question ce qui semble aller de soi, de demander des précisions sur des termes ou des processus.
Cette fraîcheur de regard est d’ailleurs une des grandes valeurs que vous apportez. Utilisez-la intelligemment.
Accepter que la confiance se gagne avec le temps
Enfin, soyez patient·e avec vous-même. La crédibilité au sein d’un conseil d’administration se construit dans la durée, par la qualité de vos interventions, votre préparation, votre jugement et votre intégrité. La confiance se gagne par la confidentialité absolue, la cohérence entre vos paroles et vos positions, votre présence assidue et surtout par votre indépendance d’esprit.
Les administrateur·trice·s qui laissent une marque durable sont rarement ceux·celles qui ont fait le plus de bruit à leurs débuts. Ce sont ceux·celles qui ont su écouter, apprendre, tisser des liens solides — et intervenir avec conviction au moment où ça comptait vraiment.
Siéger sur un conseil d’administration est un privilège et une responsabilité. Abordez cette nouvelle aventure avec humilité, curiosité et engagement, et vous aurez toutes les chances de contribuer de façon significative — pour l’organisation, ses parties prenantes, et pour votre propre développement professionnel.
Nadia Martel, conseillère experte

